lundi 15 juin 2009
Cardinal Jean-Claude Turcotte
Archevèque de Montréal
Monsieur Votre Éminence,
Il faut que l'on vous dise
Notre décision est prise
Nous allons déserter
En respect de notre liberté
Nous vous remettons sans retour
Nos baptistères des premiers jours
Contre notre péché originel
Enlevé de force, sans notre gré
Par votre doctrine obligée
Nous aimons trop la vie éternelle
Pour nous handicaper la temporelle
Et vive la Volonté de Dieu
À qui, mieux, mieux!
À qui mieux, mieux !
Vous utilisez tambours et trompettes médiatiques pour nous faire savoir qu'après votre examen de conscience estival sur la médaille promise au Docteur Morgentaler par l'Ordre du Canada, vous concluez de rendre la vôtre, celle que vous détenez librement depuis 1996. Et vive la liberté!
Nous en sommes.
Vous êtes probablement un habile politicien qui avez su, jusqu'ici et maintenant encore, mêler du public et du privé, obtenant pour vos titres religieux émérites des médailles civiles de haut niveau. Aujourd'hui, en pleine campagne électorale fédérale, vous faites valoir, à la une des journaux, votre position et tentez de remettre en cause un acquis en notre pays : celui des femmes de disposer de leur propre corps et de stopper leur grossesse. Manifestement, la séparation de l'Église et de l'État n'est pas une évidence pour vous et vous ne rendez pas complètement à César ce qui lui appartient en respect des paroles du Nazaréen qui vous sert d’alibi et que vous prétendez connaître. Votre principauté d’Église, Éminence, sous toutes apparences que vous présentez, semble se rebuter à cette perte de pouvoir. Vous remontez sur votre destrier et faites de l’espace public une chaire « urbi et orbi ».
Votre doctrine toutefois n'est pas surprenante si l'on considère la longue histoire machiste de votre institution qui, à l'encontre des positions de Jésus, a fait subir aux femmes un asservissement des plus souffrants et que vous partagez avec nombre de religions du même acabit. Le bûcher moyenâgeux qui les brûlait pour sorcellerie avec la bénédiction papale, fait partie de cette histoire que d’aucuns dont nous sommes ne trouvent pas très glorieuse. Pourtant, nous constatons comme tant de nos concitoyennes et concitoyens que, petit à petit, votre institution a fait des efforts pour sortir du déni et de l'exclusion qui habillaient sa pureté prétentieuse. L’abus sexuel, la pédophilie d’un certain nombre de vos religieux et éducateurs, le racisme à l'égard des juifs déicides, l'exclusion de communion et la condamnation jusqu’à l’organisation de croisades guerrières contre ceux qui ne partageaient pas vos dogmes ont été peu à peu dénoncés et largement abandonnés. L’excommunication semble moins fréquente chez vous qu’aux temps de jadis. Mais le machisme semble-t-il est plus difficile à abandonner! La femme est encore source de péchés pour vous et ceux de votre doctrine à moins qu'elle ne soit vierge et mère de Dieu, ce qui est extrêmement rare voire inexistant «stricto sensu»!
Vous justifiez votre position par ces mots recueillis dans le Devoir de ce matin: "Nous ne sommes pas les maîtres de la vie humaine, c'est ma foi. Cette vie est entre les mains de Dieu." Nous ne partageons pas votre croyance car, ce disant, votre institution s’arroge le pouvoir de la gérer au passage. Une forme de « taxage » inadmissible pour nos consciences respectives! Notre croyance est plutôt que Dieu nous a donné le libre arbitre. Il nous l'a donné totalement sans vous consulter et sans nous obliger à le faire. La vie appartient aux humaines et aux humains par la Volonté même de Dieu qui nous a faits à Son image et à Sa ressemblance. C'est-à-dire pas asservis à d'autres et surtout pas à ceux qui s'en prennent à leur conscience. Dieu nous a faits libres, croyons-nous. Et c'est aux humaines et aux humains de décider de leur vie. C'est un progrès important de la société, voire de l'humanité, lorsqu’on reconnaît pleinement aux femmes leur droit et le pouvoir de décider si elles veulent ou pas mener à terme une grossesse qui se passe en elles, savez-vous!
Nous vous rendons donc notre baptistère que vous trouverez ci-joint et attendrons, en retour, que vous nous rendiez notre péché originel commun lequel nous fut enlevé sans notre consentement. Probablement que cela est bien différent de l’Ordre du Canada qui vous a été conféré à votre aise et que vous avez conservé durant une douzaine d’années. Nous aurons alors davantage le sentiment de retrouver tout notre état naturel. Tel que Dieu nous a créés.
Nous vous savons gré, monsieur Votre Éminence, de prendre acte de notre décision et de notre demande
France et Jean Des Lierres
jdeslierres@videotron.ca
P.J. Baptistère de France ; baptistère de Jean
C.c. aux divers journaux, revues et associations de défense des droits humains au Québec et ailleurs dans le vaste monde
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